Censure médiatique sur les réseaux sociaux. Est-ce que vous avez violé les standards de la communauté? #rentstrike

Un texte d’opinion explorant pourquoi dire “Annuler tous les loyers, annuler toutes les hypothèques” est considéré dangereux par Facebook.

Cette semaine, il semblerait que les publications en lien avec la #grèvesdesloyers ont été censurées par Facebook pour non-respect des standards de la communauté. Ça m’est arrivé aussi et j’ai contesté la décision. Pas de réponse encore et surtout très peu d’informations sur pourquoi. Est-ce qu’il y a un standard de la communauté Facebook qui peut réellement être violé par un post politique demandant une annulation des loyers et des hypothèques?

Courage, la coalition pour une gauche indépendante a également rapporté le 1er avril avoir vu ses publications censurées mais confirmait par après qu’ils avaient été ré-instaurés. Le journaliste Stefan Christoff (Free city radio mini-series) a pris du temps pour parler avec Dru Oja Jay de Courage à ce propos ici (entrevue en anglais).

Je dois dire que je n’en suis pas à ma première fois de vivre ça. Mais quand j’ai vu ce message de “livre de faces”, je n’en revenais pas. On sait tous que la méthode est simple. Quelqu’un « report » ce type de posts et facebook a des tentacules assez longues pour que ça affecte un grand nombre d’internautes ‘qui en parlent’ de pleins de façons nébuleuses.

Personnellement, j’ai senti dans cette action de fb, la première sur mon profil où je poste souvent sur des sujets controversés que ça commence à sentir la police des idées et ultimement un certain contrôle étatique grâce à la surveillance de masse. Je m’explique.

Les bousculements des dernières semaines sur la scène mondiale, canadienne et locale, amènent tant de remises en question que s’il y a un mois, il aurait été impensable, de garantir un support important pour une grève des loyers, aujourd’hui cette optique a grandement changée en raison des compressions économiques dans le monde du travail et sur un bon nombre de petites et moyennes entreprises. Un rapport plus détaillé à ce propos est disponible ici.

Pour de nombreuses personnes, l’idée de faire la grève des loyers vient de la nécessité de faire pression indirectement sur le gouvernement car les fonds promis par le fédéral ne seront qu’acheminés à la mi-avril, soit un mois après la fermeture d’un grand nombre de commerces et services. D’autant plus, que dans une situation de grande incertitude quant à ce que les revenus des sans emplois ou travailleurs autonomes seront dans les mois à venir, il semblerait plus précautionnaire de garder ce qu’il nous reste d’économies pour subvenir à nos besoins de base. Sachant aussi que la suspension des évictions peut protèger un temps, notamment s’il s’agit d’un premier loyer en retard. Donc le risque qu’on prend en étant solidaire avec la grève, même pour des propriétaires n’est pas démesuré à la lumière de la situation pandémique.

Ceci dit, l’idée d’une grève de loyers ne fait pas l’unanimité et j’ai vu peu ou pas de commentaires de support de propriétaires demandant une annulation de leurs hypothèques. Nombreux locataires ont peur de se mettre dans une situation précaire en refusant de payer leur loyer donc ont choisi de le payer pour leur bénéfice personnel et leur tranquillité d’esprit. Cette optique vient du fait que même si on est solidaires avec la grève de certains, les “autorités” sollicitées quand on pense à la relation locataire-locateur ne sont pas les mêmes en fonction du logement habité, donc on peut tomber sur un propriétaire empathique autant que sur une compagnie de gestion immobilière agressive qui dans certains cas, menace de se faire justice elle-même, et a peut-être des conditions propices pour le faire avec le vide dans les rues.

Différentes réactions de propriétaires ont circulé cette semaine sur les réseaux sociaux et il y a effectivement une grande diversité de réponses mais les propriétaires les plus compréhensifs ont choisi de donner un break ou discuter avec leurs locataires, plutôt que de se radicaliser eux à leur tour pour que le gouvernement allège réellement le fardeau des hypothèques sur la classe moyenne travaillante. Cela s’explique par le fait que lorsqu’on a un avoir comme une maison, on est dans l’optique de la protéger et la garder, donc il est peu populaire de se retourner contre ceux qui nous ont prêté pour l’achat et les dénoncer. Or, c’est quand même abusé que les banques vont faire encore de l’argent sur le dos de travailleurs et travailleuses qui sont maintenant encore ‘serrés’, travaillant ou pas dans leurs maisons. On estime que les banques feront encore des bons bénéfices cette année avec leurs reports d’hypothèques avec intérêt. Un ménage montréalais habitant à Pointe-aux-Trembles a estimé que ça leur coûtera environ 8000$ de plus cette année pour reporter leur hypothèque. Nombreux seront ceux d’accord pour dire que c’est inacceptable dans le contexte de COVID-19, mais qui osera agir à titre personnel pour commencer à mettre fin à l’accumulation gloutonne des banques et de l’élite.

Ainsi, mon hypothèse sur la censure; c’est que l’idée d’une grève des loyers dérangerait moins Facebook si cela n’était pas lié à l’idée d’annuler les hypothèques aussi. Ce type de grève, si elle fonctionne, engloberait une encore plus grande classe de citoyens de la classe moyenne, dont notamment ceux travaillant dans les services essentiels aussi, et aurait le potentiel de mettre de la pression où ça fait vraiment mal, sur un ennemi commun à tous: les banques.

Si des centaines de milliers de Canadiens et Américains, ou même, des citoyens partout dans le monde refusaient de payer leur hypothèque à partir de maintenant, et sans accepter les arrangements qui bénéficient les banques, proposés dès le début de la crise pour sécuriser les propriétaires immobiliers et donc le marché des logements, là on pourrait aspirer à réellement renverser la vapeur de ce système qui continue à favoriser les entreprises polluantes du secteur pétrolier, de transport aérien et les développements de méga-projets problématiques dont le gazoduc de Coastal GasLink. Voir ici les nouvelles de Unisto’ten sur la continuation du travail sur le gazoduc sur des territoires ancestraux appartenant aux Wet’suwet’en, et ce malgré les politiques officielles de confinement à travers le monde, et le blocus économique réalisé par les Premières Nations il y a à peine un mois et demi.

En attendant que les propriétaires à hypothèque choisissent leur camp, Facebook continuera à diviser en s’assurant de pouvoir “comforter” les personnes voulant se dire que la crise sera bientôt terminée, que les choses reviendront sans trop tarder, et ils auront encore leurs acquis. Pour ce qui est des changements mis en place dorénavant, ils seront tout simplement considérés des mesures nécessaires. A ce titre, les réseaux sociaux jouent donc un rôle incontournable dans la préservation du système capitaliste malgré un cocktail de crise économique et pandémie mondiale qui nous guette.

L’économie ça reste un système relativement serré en terme d’imbrication. Si les locataires ne payent pas, les propriétaires devront trouver une façon de payer leurs hypothèques tôt ou tard, possiblement en les évinçant et cherchant des nouveaux locataires dans un contexte de restreinte des échanges entre personnes. Ça n’augure pas super bien pour le marché immobilier sachant qu’il semble qu’on est à veille de voir une bulle de spéculation exploser. Donc voilà pourquoi l’idée de “retour à la normale” est essentielle pour les banques et le gouvernement. Ils veulent une fois de plus, diviser les citoyens en fonction de leur classe et possibilités économiques pour leur faire comprendre que le système a besoin d’eux et qu’ils ont besoin du système (apparemment, maintenant plus que jamais).

Pour les mouvements sociaux, ce n’est rien de nouveau de se faire taire ou ignorer, mais il faut continuer à informer et faire des liens entre les classes économiques d’autant plus segmentées aujourd’hui, une scission qui ne date pas de hier. J’encourage aussi les gens à s’informer de la manière la plus diversifiée possible pour eux pendant le confinement. Statistiques Canada a récemment fait circuler un sondage pour dresser un portrait des citoyens depuis les mesures liées au COVID-19. Une des questions touche justement la façon que les gens s’informent. Ils vont même jusqu’à demander quel réseau social nous utilisons le plus alors pensez-y, tout est relié, et les réseaux sociaux sont loins d’être complètement indépendants des politiques étatiques comme de nombreux exemples de campagnes en ligne l’ont montré. Surtout aujourd’hui, alors que nos communications de vives voix sont réduites au minimum et notre liberté d’association en public est “illégale”.

Merci de nous aider à circuler cet article dans l’espoir de mettre la pression au bon endroit et en attendant, à Minutes, on va continuer de tenter de construire un média communautaire en dehors des conglomérats et des intérêts des plus nantis.

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