
Catherine Verheyden a commencé à être passionnée par la mode et la couture lorsqu’elle était assez jeune. Les designers Vivien Westwood, Betsy Johnson, McQueen, Mugler figuraient parmi ses coups de coeur. Elle a décidé d’étudier en design de mode pour créer ses propres vêtements car elle aimait la mode alternative mais les options étaient limitées et dispendieuses sur le marché. Donc elle a crée Cataclysm en 2006 pour produire des vêtements avec une touche ‘dark’ inspirée par le punk.
Plus récemment, elle s’apprêtait à mettre une étiquette ‘Cataclysm’ sur sa nouvelle ligne de sacs pour tapis de yoga quand elle s’est rendue à l’évidence que les temps avaient changés.
LK: Parles-nous de tes débuts dans la couture?
“Après avoir eu mon DEC, je me suis rendue compte que l’industrie de la mode n’était pas faite pour moi. Travailler dans un petit cubicule c’était atroce. Je suis une personne artisanale; et je trippe de toucher à tous les aspects de la création de A à Z. C’est comme ça qu’a commencé Cataclysm, ma première ligne de vêtements inspirée par le punk/rock sans être ‘overbord’. J’ai créé des styles versatiles avec une touche ‘dark’ et l’intérêt pour mes produits était bon à l’époque. J’ai pu vendre en consignation avec des boutiques. Sur une dizaine d’années, plus de 20 commerces locaux (dont un à Québec) ont tenu ma ligne; incluant les iconiques X2O et Curella.
À travers les années, j’ai privilégié les boutiques qui représentaient les ‘petites’ créatrices Québécoises. Chacune d’entre elles me permettait d’atteindre une clientèle variée à laquelle je pouvais adapter mes différent élans créatifs; ce qui a éventuellement fait évoluer mon style. J’ai appris beaucoup sur le métier en m’occupant d’un peu de tout; j’ai coordonné les photoshoots, élaboré une ligne qui a été dans un défilé de mode et ai tenu un kiosque dans quelques marchés créatifs.
Plus récemment, j’ai décidé d’initier un re-branding vers Cat Dezigns, une ligne plus ‘zen’ de sacs multifonctionnels comme des sacs de yoga et des produits de décor maison. Je continue à trouver des façons de me diversifier dans le milieu, notamment en suivant un cours sur la sérigraphie pour personnaliser mes créations.”
LK: Aujourd’hui, ça semble “à la mode” de faire une transition vers des produits plus écologiques et durables. Pour les gens en quarantaine, le sujet revient sur les consciences, à quel point est-ce que ton choix de t’investir dans le milieu des textiles est influencé par ça?
“C’est certain qu’on connaît aujourd’hui beaucoup mieux les soucis qui viennent avec la production de masse de garments. L’industrie de la mode est très polluante. En me renseignant et voyant des vidéos sortir sur les impacts néfastes des teintures, des manufactures / sweatshop, je me suis conscientisée sur ce que le fast fashion fait à notre environnement. Dans mon cas, je suis juste un one woman ‘sweat shop’ et j’essaye d’investir un côté de plus en plus écologique dans mes créations en maximisant mon usage des tissus disponibles, ré-utiliser les retailles et en faire don du reste. Dans les matériaux que j’utilise il y a un peu de tout, surtout des textiles robustes vu que je veux mes sacs soient durables et pratiques. Particulièrement le coton, twill, jeans.

Je me rends compte que tout ce qui est coton bio, produits équitables, être certifié, etc, ça coûte un peu plus cher pour les petits créateurs et le consommateur n’est pas toujours prêt à débourser, sachant que les créations faites à la main sont déjà assez chères. Pas tout le monde se rend compte de l’investissement de l’artiste à cause de l’influence du fast fashion.”
LK: Comment survis-tu en cette période de Covid-19?
CV: “Ça apporte beaucoup de changements et on doit se ré-adapter. J’ai pu m’instaurer une routine où je m’investis davantage dans le développement de mon projet d’affaires. Ça fait des années que je voulais créer ma boutique en ligne et là, enfin, j’ai le temps pour le faire. Y’a rien d’autre qui presse! Un gros mal pour un bien. Présentement, plutôt que de m’effondrer devant du contenu médiatique comme je le faisais le soir après mes longues journées de travail, je fais le ménage de mon atelier, j’ai des dons de tissus à faire et je vais peut-être même en vendre sur mon site web éventuellement.
Des fois, en tant que designer, on peut avoir des tendances “hoarder” car on spotte un tissu en se disant qu’on a une idée de projet, puis finalement cinq ans plus tard, il traîne toujours dans le fond du garde-robe donc c’est le temps d’un bon ménage là.”

LK: Oui, ça semble est être une tendance de coping pendant la quarantaine.
CV: « Tout à fait! Je suis des groupes sur les réseaux sociaux du genre « Use your stash » et je me rends compte que je ne suis pas la seule qui accumule des textiles et qui cherchent à les mettre à bon usage, surtout maintenant. »
LK: Comment ça va en terme de ventes / contrats payants, etc?
CV: « Une boutique a demandé un renouvellement d’inventaires pour des sacs d’épicerie écologiques donc j’ai ça. Mais à part ça, les boutiques qui tiennent les vêtements et accessoires sont fermées principalement donc j’ai des boîtes d’inventaire à écouler d’où l’urgence de créer ma boutique et mettre mes stocks disponibles à tous. J’ai hâte que ça bouge. »
LK: Ça ressemble à quoi ton aire de travail à la maison?

CV: “J’ai un 4 ½ et je suis assez chanceuse de pouvoir utiliser une pièce comme atelier avec 4 machines à coudre et une grande table de coupe. J’ai décidé d’inverser ma chambre et l’atelier en gardant la plus petite pièce des deux comme chambre. J’ai besoin de plus d’espace pour travailler que dormir finalement. Je me disais cette semaine que je me sens reconnaissante d’avoir la possibilité de travailler de chez moi et ne pas avoir à risquer de prendre le métro pour me rendre à un atelier loué par exemple.”
LK: Pourquoi autant de machines pour une designer? A quoi servent tes différentes machines à coudre dans le processus de création?
CV: “J’ai 2 machines industrielles (je les aime parce qu’elles sont rapides), l’une plain/régulière: qui fait seulement des coutures droites, l’autre c’est une surjetteuse (ajustée pour le tissu régulier). Les 2 machines domestiques me servent, dans le cas de la régulière pour faire des boutonnières et autres points comme le zigzag, et une surjetteuse ajustée pour faire les tissus extensibles/stretch.”
LK: Qu’est-ce que tu as pensé de l’initiative de la Coop de Couturières Pop de recruter des couturières pour aider dans la production de vêtements médicaux?
CV: “C’est super sachant le grand besoin manifesté des systèmes de santé. J’ai posé ma candidature mais je ne sais pas encore si je travaillerais là-dessus. Pour ma part, la couture constitue pour l’instant quelque chose qui couvre 50% de mon temps donc à cause des mesures du gouvernement, j’applique maintenant sur des emplois pour subvenir à mes besoins. »
LK: Quels sont tes conseils pour la jeune couturière que je suis, qui vient de lancer L’Aura Kouture, une boutique de ré-utilisation de textiles et espace virtuel de partage et apprentissages?

CV: “D’abord, je souhaite à te féliciter de t’être lancée en affaires dans le milieu de la couture. Je suis contente que tu aies bénéficié du cours où on s’est rencontré aux AEPP pour avancer là-dedans. Je suis émue et j’ai partagé ton annonce sur mon réseau. Je pense que pour faire des produits de qualité, il faut miser sur un produit et bien le travailler avant de le mettre en marché, par exemple. Il faut aussi se donner du temps. Surtout quand on vient de commencer.
Il arrive qu’en couture on peut être emportées par la quantité de possibilités et passer des heures à scruter des créations en ligne. Ça peut faire en sorte qu’on perde notre énergie créatrice pour coudre. Toutefois, même après du recul de la machine, on peut revenir avec un plan d’action plus clair et foncer.”
Photo: Sketch de robe de mariée fait sur mesure pour une amie à Catherine
UPDATE sur la boutique de Cat Dezigns en construction. Catherine m’a informé que malgré qu’elle continue la préparation de sa boutique en ce moment, elle va attendre d’avoir plus d’informations sur le Programme canadien d’urgence pour l’ouvrir, en raison des restrictions sur les revenus pour être éligible. C’est possible de la suivre surfacebook @CatDezigns pour rester au courant de ses futurs développements
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